On sait que toute oeuvre, même celles qui émanent des savants et des plus grands génies, ne sont pas sans mériter plus ou moins la critique. On sait que les choses les plus parfaites et les plus utiles ne sauraient contenter tout le monde.
Donc moi, humble initiateur de la forêt de Fontainebleau, il me siérait mal d'avoir la prétention d'échapper à la censure : mais, du moins, que ce soit une censure impartiale, une censure honnête.
On dit que, par mes sentiers, j'ai gâté la forêt. On dit qu'ils sont cause des fréquents incendies qui éclatent sur les divers points de nos déserts.

A ces dires, qui se réfutent d'eux mêmes, je ne prendrai certes pas la peine de répondre s'ils n'étaient débités que par certains esprits malades ou malhonnêtes qui, dès longtemps déjà, se sont couverts d'ignominie par l'ingratitude et la calomnie, mais, sachant que des personnes équitables et fort honorables répètent et semblent approuver ces étranges accusations contre mes créations, je vais essayer de démontrer à ces personnes qu'elles sont au moins dans l'erreur.
Quoi ! J’ai gâté la forêt de Fontainebleau en dessinant, en traçant ce léger fil d'Ariane au moyen duquel pourtant on peut visiter et explorer très facilement, très agréablement, plus de mille sites,

plus de mille délicieux points de vue, qui, sans cela, seraient demeurés peut être longtemps encore ignorés !...
Quoi ! J’ai gâté la forêt en mettant en lumière toutes ces belles roches, toutes ces mystérieuses grottes, tous ces arbres remarquables, tous ces innombrables et charmants paysages qui, jusqu'ici, étaient restés inaccessibles nu pinceau de l'artiste comme au pas du promeneur 

Quoi ! J’ai gâté cette forêt en la montrant dans toutes ses magnificences, en y créant jusqu'à des fontaines, ou plutôt en la transformant en une sorte d'Éden, en un jardin de fées, dont les milliers d'issues sont autant de galeries pittoresques offrant à chaque pas une surprise, un nouveau tableau plus ravissant et

La guerre
déclarée à mes sentiers !

par C. F. Denecourt 1856
suivi d'un "Avis essentiel"