et c'est pourquoi il ne l'employa pas seul mais associé aux essences feuillues. De 1885 à 1889, 4 550 hectares furent regarnis au moyen de 8 242 440 plants feuillus et de 6 945 300 plants résineux. On employa en général 3 000 plants feuillus à l'hectare et 5 000 plants de résineux. On voit par là que les surfaces regarnies en feuillus furent sensiblement plus considérables que celles regarnies en pins, mais cette prédominance passe complètement inaperçue : les pins, en effet étaient plantés en plein découvert, dans les parties entièrement vides ; les feuillus au contraire étaient disséminés par taches dans les clairières ou bien en sous étage sous les chênes ou sous les grands pins.

L'introduction des feuillus, et notamment du hêtre sous les grands pins a toujours été l'idée dominante du Service Forestier ;

à ses yeux le pin n'est qu'une essence transitoire devant permettre l'installation ultérieure des feuillus. On a de cette conception des exemples typiques sur divers points de la forêt, notamment aux abords du carrefour du Fourneau-David, du carrefour de Joinville, et du carrefour du Grand-Maître. On ne peut qu'engager les adversaires du pin à aller voir ce genre de repeuplements, Le promeneur non prévenu n'y fait aucune attention, il n'aperçoit que les grands pins ; mais l'oeil du forestier est tout de suite retenu par le gaulis de hêtre qui déjà s'élance et s'annonce comme la forêt de l'avenir. Près de deux cents hectares ont été plantés de cette manière.

Ainsi, le pin a rendu tous les services qu'on attendait de lui et que seul il pouvait rendre. Pour le remplacer, on a suggéré l'emploi du bouleau.
Assurément le bouleau a d'immenses mérites ; c'est un auxiliaire précieux que le Service Forestier n'a jamais entendu repousser et auquel il se propose de faire une place aussi large que possible dans les repeuplements à venir. Le bouleau est gracieux et peu exigeant : s'il se plaît sur un sol on le voit essaimer à perte de vue et il n'y a qu'à le laisser faire. Mais le bouleau est malgré tout capricieux et ne s'accommode pas absolument de tous les terrains ; s'il refuse ses services, il est inutile de chercher à vaincre son obstination. Il n'a pas l'extrême rusticité et la complaisance illimitée du pin. Enfin, il dépérit de bonne heure et se prête moins bien que le pin à l'introduction du chêne et du hêtre en sous-étage. Excellent comme essence d'appoint, le bouleau ne peut fournir la trame d'un reboisement étendu.