Les incendies de forêt

Le plus grand inconvénient de ces nombreuses plantations de pins, c'est le danger qu'elles font courir à la forêt lorsqu'il se produit des incendies. Au milieu des pins dont les cimes laissent s'envoler des brandons en feu, et sous lesquels flambent en un clin d'œil les genévriers surchauffés, dans ce sol rocheux et mouvementé, il n'est pas toujours possible, soit de creuser des tranchées, soit d'établir le "contre-feu" comme dans les Forêts des Landes ou de Provence; ce qu'il y a de mieux à faire, lorsque l'incendie est pris à temps, c'est de réunir le plus vite que l'on peut beaucoup de gens, et de faire couper des branches de hêtre ou de chêne afin de frapper les broussailles allumées et d'éteindre ainsi le feu sur tout le pourtour de la partie incandescente.

Depuis un certain nombre d'années, la surveillance des incendies est très bien organisée dans la forêt de Fontainebleau ;

mais il y a quelque vingt ans seulement, il n'en était pas ainsi, et les règlements administratifs semblaient avoir pour but de retarder les secours.
Un incendie, par exemple, s'était déclaré dans les bois de pins sylvestres plantés sur la butte de la Tour Denecourt, près du Laboratoire de Biologie ; il avait été allumé par des paysans de Samois qui croyaient ainsi se venger des gardes forestiers leur interdisant de laisser paître leurs bestiaux dans la forêt. D'après le règlement, le garde du canton (alors dépourvu de bicyclette) devait aller à pied prévenir le brigadier qui habitait dans une direction opposée à celle de Fontainebleau ; celui-ci devait aller, toujours à pied, à Fontainebleau, trouver l'inspecteur des forêts, lequel devait faire une demande à la Place pour obtenir de la troupe. En fait, l'incendie avait commencé à 9 heures du matin et les soldats arrivèrent à 4 heures du soir, au moment où les hôtes du Laboratoire, alors au nombre de quinze, avaient circonscrit l'incendie.

Nous étions rissolés, suants, très fatigués, mais tout était éteint lorsque nous vîmes arriver, au trot de leurs chevaux et tout fringants, les hussards (qui s'étaient transformés en carabiniers pour la circonstance). Le garde général, redressé sur son cheval, après nous avoir remerciés par quelques paroles en apparence bien senties, eut un mot superbe. Voyant que la plupart des pins n'étaient tués que par leur base carbonisée, il ne put s'empêcher de s'écrier : "Cela fera tout de même une belle Coupe!"
L'introduction des pins sylvestres de Riga dans la forêt eut une conséquence botanique curieuse. Dans les parties boisées des bords de la Baltique croît en abondance une Orchidée dont les petites fleurs blanches et veloutées se dressent en épis et dont les tiges feuillées rampent sur les mousses; cette plante, dédiée au botaniste anglais Goodier, est le Goodiera repens qui, en France, ne se rencontre