Maintenant que j'ai répondu à cette ridicule accusation d'avoir gâté la forêt, je vais prouver que mes sentiers ne sont nullement une cause d'incendie.
Je le prouve :
En faisant remarquer que, dans tous les temps, le feu a pris dans la forêt, et que, proportion gardée, il y prend moins depuis la création de mes sentiers ;
Il y prend moins comparativement au nombre plus que quintuplé des visiteurs ;
Il y prend moins comparativement à l'usage du cigare, devenu général, et à l'emploi sans précaution des allumettes chimiques ;
II y prend moins comparativement à, l'accroissement prodigieux de matières facilement inflammables, telles que les aiguillettes de pins, les broussailles et les bruyères qui obstruent, non seulement les sentiers, les routes cavalières, mais un grand nombre de routes de chasse.

Je prouve encore que mes sentiers ne sont point une cause d'incendie, en faisant remarquer que, sur environ cent fois que le feu a pris, dans la forêt depuis leur création, il ne s'est pas manifesté plus de huit à dix fois dans les cantons qu'ils traversent et encore ceci n'est pas un indice bien certain, car est ce des sentiers même que sont résultés ces sinistres, ou bien d'individus explorant nos bois et nos rochers à la manière dont j'ai parlé tout à l'heure ?
Mais admettons que ces huit ou dix incendies soient résultés de personnes parcourant mes nombreux sentiers; cela ne prouverait qu'une chose, c'est à dire que partout où l'on fera usage de feu parmi des combustibles facilement inflammables, il y aura danger de sinistre. Eh bien ! Ce danger n'existe t il pas à peu près partout dans la forêt ?

N’existe-t' il pas plus encore à travers les broussailles que dans les sentiers, et tout autant sur les routes de calèche; car il arrive souvent aux promeneurs en voiture de jeter à toute volée leur bout de cigare encore embrasé ; et voilà d'où viennent les incendies qui éclatent fréquemment sur le bord des grands chemins.

J'entends dire que l'administration va interdire la circulation dans les sentiers; cette mesure, qui empêcherait les voyageurs, touristes et artistes de voir tous nos plus beaux sites par des chemins commodes, n'aurait d'autre résultat que de préjudicier considérablement aux intérêts du pays, car, interdire les sentiers, c'est ôter les moyens de visiter la forêt, ni plus, ni moins.