Les Petits Robinsons

xv

Comme ils couraient de toutes leurs forces pour attraper la grande route tant désirée par, le judicieux Jean, ils laissèrent derrière eux le carrefour des Marais. Mais l'orage était devenu si violent et le vent soufflait avec tant de fureur, qu'il leur coupait la respiration. Ils furent obligés de prendre un point d'appui contre un arbre dont le nom les aurait bien étonnés s'ils l'avaient connu. Il s'appelait le Rageur, un nom qui allait bien avec le temps, qu'il faisait.
Pour le moment, sillonné par les, éclairs qui traversaient ses branches en zigzag, le Rageur, méritait son nom. Ses, branches ; naturellement contournées se crispaient sous l'action des ; vents. Pierre se serait volontiers laissé aller à jouir de la beauté de ce spectacle, si son prudent cousin n'eût interrompu sa contemplation en lui .faisant remarquer qu'il n'était pas sage de s'abriter sous un si grand arbre quand la foudre fait un tel tapage au-dessus de vos têtes.
"D'ailleurs, dit Jean, la cime est trop haute, nous ne sommes pas à l'abri du tout. Je crois que, tu avais, une bonne idée en regrettant notre caverne.
- Je: le crois aussi, dit Pierre, mais tu n'as pas .voulu y rester .Tiens, je vois d'autres rochers là-bas ; dépêchons-nous, nous y trouverons peut-être un trou où nous pourrons nous fourrer, jusqu'à ce que la tempête ait cessé. Car c'est une tempête ! On serait, pour de vrai, dans. une île que cela ne serait pas pire. Seulement on verrait les vagues monter jusqu'au ciel, et ce serait encore plus beau.
Plus beau, plus beau, dit Jean qui ne donnait pas dans cette poésie, le beau temps c'est le temps tranquille, quand. il ne pleut pas et: quand il ne tonne pas ; il n'y a que toi pour dire le contraire. Essayons de les gagner, tes rochers."

Fontainebleau

le rageur