Les Petits Robinsons

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"Ah! la .brave femme ! s'écria Jean.
-L'excellente femme ! dit Pierre à son tour.
-J'avais envie de l'embrasser, dit Jean.
-Nous aurions dû lui proposer de porter son fagot, .dit Pierre. -Mais qu'est-ce qu'elle peut penser de nous? ajouta le pauvre garçon.
Elle pense, dit Jean, que nous sommes deux petits imbéciles qui avaient grand besoin d'une leçon et que nous sommes en train de la recevoir. -Encore, si c'était fini .! " dit Pierre d'un air contrit.
Jean lui mit la main sur l'épaule :
" La première chose à faire, dit-il, c'est de reprendre des forces pour nous en aller. Mangeons notre pain bis, mon Pierre, tu vas voir comme il va nous paraître bon."
Ils étaient en ce moment tout près du plateau des monts Gérard, au carrefour de la gorge aux Néfliers. Ils s'assirent l'un devant l'autre, ils partagèrent le pain de la vieille femme en deux parts bien égales, et déclarèrent qu'ils n'avaient de leur, vie fait un si bon repas. Il y ,avait .de l'eau tout 'à côté dans le creux d'une roche ; il semble .qu'ils n'eussent dû rien avoir à désirer.
"Tout de même, dit Pierre quand il eut avalé sa dernière bouchée, on doit avoir bien du chagrin à la maison.
-Ta mère t'aime tant ! lui répondit Jean.
-C'est vrai, mon Dieu ! " soupira Pierre.
Au même moment, Jean vit quelque chose comme deux gouttes d'eau tomber sur la main du grand Zin Zin. Seulement, l'une de ces gouttes d'eau était une vraie goutte d'eau., et l'autre, était une larme.

Fontainebleau

plateau des monts gérard