Les Petits Robinsons

xI

De l'autre côté, ils ne trouvèrent tien du tout qu'un magnifique que grand arbre du val Viles Mohicans. A sa vue, Pierre était tombé en extase. Jean n'aurait pas mieux demandé que de l'admirer, mais sa langue se collait à son palais.
"Écoute, dit Pierre, et tu vas voir comme je suis bon, puisque, étant Robinson, c'est-à-dire le maître, j'aurais le droit de garder tout pour moi ; eh bien ! je vais couper un petit peu de mon saucisson et je te le donnerai. Ce qui est salé fait venir l'eau à la bouche ; quand tu en. auras mangé, la tienne ne sera pas si sèche.
- Donne, donne, dit Jean, mais j'aimerais mieux un verre d'eau. "
Pierre, il faut lui rendre justice, voyant que Jean était à bout, chercha son saucisson dans toutes ses poches. Il les retourna successivement l'une après l'autre, mais il n'en tira rien du tout. Quand il eut bien constaté que le malheureux saucisson, tout leur espoir, avait disparu, un cri sortit de sa poitrine:
" J'ai perdu mon saucisson ! "
Jamais cri tragique n'entra plus avant dans le cœur d'un malheureux que ce cri de Pierre dans l'âme de Jean. Il ne l'eut pas plus tôt entendu qu'il tomba comme foudroyé, en criant d'une voix éteinte.« Je suis mort! et je suis content de l'être. 
"Je suis trop las, je veux rester mort et ne plus jamais bouger."
Cette détermination d'être mort. effraya beaucoup monsieur Pierre; il ne s'y attendait guère de la part du petit Zin Zin, qui d'ordinaire ne se décidait à rien sans le consulter.
 Néanmoins, il chargea bravement sur son dos le pauvre Jean qui, étant mort, se laissa faire, et le porta, clopin-clopant, jusqu'au fond du ravin, où coulait une source d'eau fraîche. Jean ne consentit à essayer de ressusciter que pour en boire, et ne ressuscita, en effet, que quand sa soif fut apaisée.

Fontainebleau

Le val des mohicans