Les Petits Robinsons

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Ils cherchèrent tant et si bien qu'à la fin ils finirent par tomber d'accord. Ils venaient enfin de trouver dans les grandes herbes la caverne de leurs rêves. L'abord était difficile, "mais tant mieux, disait Pierre, on ne viendra pas nous y chercher. Nous coucherons sur des lits de mousse, nous ferons des meubles pour la meubler et de la vaisselle comme Robinson.
-Une grande marmite! s'écria Jean, car décidément, vois-tu, Pierre, je ne suis pas pour les racines. Rien ne pourra, je le sens bien, remplacer pour moi la soupe et le pain. Tu sais, Pierre, que je sais que tu as un saucisson dans ta poche; tu m'en donneras ?
-Ah! voilà, dit Pierre découragé, tu es aussi trop sur ta bouche, mon pauvre Jean, tu ne seras jamais tout à fait content nulle part, et tu sais bien pourtant ce que nous disait M. Patoche, un jour qu'en promenade nous n'avions trouvé pour goûter que des oeufs durs - Mes enfants, à la guerre comme à la guerre !
 
--Des oeufs durs ! s'écria Jean, des oeufs durs ! je pleurerais de joie pour en avoir. Mais puisqu'à défaut d'œufs durs tu as du saucisson, promets-moi, Pierre, que tu m'en donneras.
-Eh bien ! oui, je t'en donnerai répondit Pierre comme quelqu'un qui fait un grand effort, mais je t'avertis que je ne t'en donnerai que pour le premier déjeuner. Tu ne dois pas prendre de mauvaises habitudes, Jean. Tu es Vendredi, tu es nègre, il faut que tu lé sois pour de bon.
J'essaierai, dit le brave Jean, mais plus tard. Ah ! mon Dieu, j'ai encore plus soif que faim.
-Traversons la grotte, dit Pierre, peut-être que de l'autre côté nous trouverons une rivière."
Et ils disparurent entre les fentes des rochers.

Fontainebleau

dans les grandes herbes