Les Petits Robinsons
Ix

Cette façon de fuir ne laissait pas d'être fatigante.
"Ah ! disait Jean, j'aimerais cent fois mieux être en face de M. Patoche et de ma leçon et surtout à la table de mon oncle et de ma tante, quand la soupière arrive toute pleine de soupe fumante. Nous avons été bêtes, Pierre, et bien méchants.
-Tu n'es qu'un poltron, lui répondit Pierre, et même un gourmand, tu ne penses, qu'à manger, et tu n'aimes pas du tout labelle nature "La marche à quatre pattes avait, on le voit, rendu un peu de courage à maître Pierre, mais le pauvre Jean avait cent fois raison dans ses regrets et surtout dans ses remords.
"Vois-tu, reprit Pierre, j'ai entendu dire qu'il y a des endroits dans la forêt pleins de rochers grands comme des montagnes entassées les unes sur les autres. Ça fait de loin comme des villes nous trouverons là dedans, des cavernes superbes qui nous serviront très-bien de maisons où nous pourrons nous défendre même contre les bêtes à cornes de tout à l'heure.
-Je ne dis pas non, répliqua Jean, mais nous n'y trouverons, toujours pas de bon déjeuner, nous n'y mangerons jamais de crêpes, comme Marianne nous en faisait quand M. Patoche était venu dire à ton papa que nous avions bien su nos leçons. Il n'était déjà pas si mauvais M. Patoche, il était un peu rude parce qu'il avait été soldat, mais il était juste, je crois même qu'au fond il était bon.
-Oh ! dit Pierre, regretter jusqu'à M. Patoche quand on est peut-être à trois pas d'une ville de rochers magnifiques qu'on pourra habiter et mettre en image !"
Ayant levé la tête un instant pour voir si sa prophétie s'accomplissait, Pierre jeta un cri d'admiration. Ils avaient devant eux le superbe entassement des rochers de Franchard. Les vraies beautés de la nature ne trouvent pas d'insensibles. Pour le coup, maître Jean était vaincu.
"C'est superbe ! c'est trop beau ! s'écria-t-il, enthousiasmé pour un instant, Zin Zin, nous trouverons tout là dedans, même une cuisine. Cherchons.

Fontainebleau

les rochers de franchard