Les Petits Robinsons

VIii

Leur course échevelée les conduisit au carrefour de l'Épine. Ils aperçurent de loin le magnifique chêne qu'on a appelé le chêne de Rosa Bonheur.
"Quel bel arbre! disait Pierre ; si j'étais grand, comme cela m'amuserait de faire son portait !
-Pour un bel arbre, oui, c'est un bel arbre, répondit Jean, et même si on pouvait être plus tranquille dans ton île, on pourrait comme Robinson s'y bâtir une bien belle maison ; mais vois-tu, Pierre, je crois que nous avons, par malheur, pris le côté de l'île déserte qui est le plus 'habité."
Jean allait ajouter qu'il la voudrait plus habitée encore, et que s'il pouvait y faire la rencontre d'un boulanger, cela ferait bien son affaire, mais la parole avait expiré sur ses lèvres. Auprès du grand chêne il venait d'apercevoir un animal terrible armé de cornes fourchues qui n'en finissaient pas.
A cette vue, il s'était jeté à plat ventre dans. l'herbe.
"Il sont deux, dit-il tout bas à Pierre, mais il y en a un qui est tout petit et n'a pas de cornes:; ce n'est pas celui qui me fait peur.
-Cela doit être des cerfs, dit Pierre, qui s'était blotti dans un taillis. C'est moins dangereux que les lions ; cependant, les messieurs se mettent dix ou douze avec beaucoup de chiens et des fusils pour leur faire la chasse ; il faut que ce soit terrible aussi. Nous n'avons pas de chiens, pas de fusils, nous ne sommes pas douze, sauvons-nous dans l'herbe, pas debout, à quatre pattes; la bête aux grandes cornes ne nous verra peut-être pas."

Fontainebleau

le carrefour de l'épine