Les Petits Robinsons

VIi

Leur émoi était tel, qu'arrivés je ne sais comment au plateau de Bellecroix, et ayant aperçu dans le lointain un groupe de peintres de la colonie de Barbizon qui étaient venus chercher les sujets d'étude qui y abondent, leur terreur, que la vue de leurs semblables aurait dû calmer, redoubla.
Voyant ces petits fuyards, les peintres, qui aimaient à rire, les avaient hélés joyeusement: " Ohé ! les galopins! ohé !"
"Fuyons, fuyons, s'écriait ce fou de Pierres ces gens-là n'ont pas bonne mine, cela ne peut être que des cannibales dont les pirogues auront abordé dans notre île."
Telle est la puissance d'une idée fixe, que Pierre avait fini par croire à son rêve, pour lui, la forêt de Fontainebleau était devenue l'île même de Robinson ; il ramenait tout à son idée, et rien, pas même le bon sens relatif du petit cousin Jean, n'aurait pu l'en faire démordre."
Des cannibales, lui disait Jean, qu'est-ce que c'est que ça ?
-Ce sont des sauvages, que je te dis ! lui criait Pierre tout en courant, des sauvages qui mangent les autres hommes et qui aiment mieux cela que les côtelettes de mouton, que la volaille et même que les pommes de terre frites ! ! !
 -Quoi, dit Jean ébranlé -(il adorait les pommes de terre frites)-même que les pommes‑ de terre frites !!
!-Oui, oui, sauvons-nous.
-Tout de même, disait Jean, c'est étonnant, ces gens-là m'avaient plutôt l'air d'être des farceurs que des sauvages.

Fontainebleau

le plateau de bellecroix