Les Petits Robinsons

V

Quand on va d'un pas tranquille devant soi dans le chemin de la vie, il arrive parfois aux plus prudents de ne pas pouvoir éviter les mauvais passages ; mais quand la peur vous galope, on ne peut pas manquer de tomber dans des fondrières. C'est ce qui arriva à maître Pierre aussi bien qu'a maître Jean. Le grand Zin Zin, c'est ainsi que le pauvre Jean appelait Pierre dans leurs bons moments avant leur escapade, le grand Zin Zin croyant toujours sentir le loup sur ses talons, n'avait pas plus su retrouver son‑ sang-froid que, le petit Zin Zin, et tous les deux, l'un suivant l'autre, se trouvèrent tout d'un coup au milieu des roseaux et dans l'eau jusqu'à mi-jambes. Leur course enragée les avait jetés dans cette célèbre mare à Piat qui a inspiré tant et de si beaux paysages à nos plus célèbres paysagistes.
L'eau a cela de bon que quand on ne s'y noie pas on s'y calme. Les deux cousins y étaient entrés malgré eux ; ils n'y eurent pas plus tôt pataugé un instant à qui mieux mieux, qu'ils n'eurent rien de plus pressé que de s'efforcer d'en sortir.
-C'est plein de bêtes ! criait Jean.
-Je vois des serpents et même des crocodiles !
hurlait de son côté M. Pierre.

Fontainebleau

c'est plein de bêtes ! !