Les Petits Robinsons

IV

On n'a jamais pu savoir comment se serait terminée cette expérience, car, au moment où Pierre était sur le point d'extraire du sol, fouillé par lui avec conscience, quelque chose qui pouvait bien être une racine, un bruit absolument imprévu se fit entendre. En un clin d'œil M. Pierre fut sur pied, et M. Jean vit sur son visage de telles marques de préoccupation, qu'il oublia soudain et son appétit et le festin bizarre que son grand cousin lui préparait.
" Et d'abord, dit M. Pierre après avoir prêté l'oreille au bruit de feuilles et de branches qui avait attiré son attention, ce bruit-là, ça ne peut pas être un homme qui se permette de le faire, car si c'était un homme, notre île ne serait plus déserte, et il faut qu'elle le soit comme celle de Robinson. Et écoute-moi bien, Jean, si ce n'est pas le bruit d'un homme, il faut que ce soit celui d'un animal, et même d'un animal sauvage ; les animaux sauvages, ça n'est ni les moutons ni les veaux, ni les bœufs, ni les cochons, ni les moutons comme il y en a à Bois-le-Roi, ce ne peut être que des tigres ou même des lions."
M. Pierre avait à peine prononcé ces terribles paroles; que M. Jean, dont la première partie du discours de son cousin avait déjà, troublé beaucoup la cervelle, perdit complètement la tête, et que sans demander une explication de plus, il avait pris ses jambes à. son cou, traversant d'un trait le taillis et grimpé sans reprendre haleine sur le sommet des rochers de Casse-Pots.
Pierre d'ordinaire plus agile que lui, avait été distancé.
Ce n'était ni un tigre ni un lion qui était à leur poursuite, c'était un simple chien; mais la peur le leur fit prendre pour un loup, et Jean ne l'eut pas plutôt aperçu se disposant à escalader le rocher sur lequel il s'était réfugié, que, dégringolant de l'autre côté, il reprit, suivi de Pierre, sa course folle.

Fontainebleau

Les ROchers de casse-pots