Les Petits Robinsons

III

C'était si beau, si beau qu'allant toujours devant eux sans compter leurs pas, ils avaient fini d'une part, par se lassera et de l'autre par se dire qu'ils ne feraient pas mal de déjeuner. 
 Jean savait vaguement que son cousin Pierre ne s'était pas tout à fait embarqué sans biscuit et qu'il avait dès provisions dans son mouchoir et dans sa poche. R ouvrit l'avis qu'il serait sage de très bien déjeuner.. Mais quelle ne fut: passa déconvenue quand Pierre, à cette occasion, lui eut développé ses plans : " M. Pierre étant Robinson, les provisions étaient pour lui ; mais lui, Jean, étant Vendredi; il n'avait pas le droit d'y toucher. Puisqu'il avait à jouer, le rôle d'un Nègre, il vivrait de racines. ».Jean était bon garçon, il était même assez naïf; mais cette révélation de Pierre le plongea dans une véritable stupéfaction.
" Des racines,, disait-il, des racines ! C'est 'pas de la nourriture pour les personnes... Qu'est-ce que tu entends par - des racines ?
- Tu vas. voir, dit Pierre, des, racines c'est quelque‑ chose, de très-bon, les Nègres ne vivent que de çà et ils s'en sont toujours contentés. Je vais t'en arracher, quelques unes et tu verras comme c'est bon.
-Mais, dit Jean, je ne suis pas un Nègre, moi.
-Et moi je ne suis pas Robinson, répondit Pierre, et cependant j'essaie de l'être ; eh bien ! puisque tu es Vendredi, essaie de faire ce qu'aurait fait Vendredi. Mais ne. commence pas par te fâcher. Le domestique n'a pas le droit de se fâcher contre son maître. Attends un peu, je vais t'en arracher des racines et je t'en. donnerai tant que tu voudras, et tu vas peut-être t'apercevoir que tu les aimes beaucoup."
Ceci dit, se couchant par terre et s'aidant de son couteau, maître Pierre se mit avec beaucoup de bonne grâce à fouiller le sol pour déterrer les racines qu'il supposait devoir faire le bonheur de Jean, encore plus ahuri qu'indigné.

Fontainebleau

M. pierre déterre des racines