Les Petits Robinsons

I

Pierre avait dit à Jean, son, cousin :
" Aller, à l'école tous les matins, avoir des leçons à apprendre tous les soirs, quand on trouverait si bon de ne rien faire du tout que de se promener dans tous les beaux endroits du pays, cela ne peut pas durer. Sauvons-nous et allons si loin, si loin que M. Patoche lui-même ne puisse jamais nous rattraper.
 -Mais, avait répondu Jean, il y a de bien bonne cuisine dans la maison de ma tante et de mon oncle: Comment vivrons-nous quand nous serons dans les bois.
 -Quand nous serons dans les bois, répondit, M. Pierre avec beaucoup d'exaltation, nous y vivrons comme Robinson dans son île. La forêt de Fontainebleau est la plus belle forêt du monde, on ne peut pas être embarrassé d'y vivre; et puis, vois - tu, Jean, quand je serai tout seul devant de grands arbres, je m'apprendrai à faire des tableaux comme les peintres de Barbizon."
 Là-dessus, les deux enfants avaient quitté la maison. M. Jean n'y allait pas de très-bon cœur quelque chose lui disait, sa conscience d'un côté, son estomac de l'autre, qu'ils allaient peut-être faire une fameuse sottise. Mais Pierre avait parlé. Pierre était son aîné, c'était chez ses parents que l'orphelin Jean avait reçu l'hospitalité. Jean n'avait pas osé refuser de le suivre.
Qu'est-ce qu'il aurait pensé, le pauvre Jean, s'il avait su que dans ses plans de devenir " les Robinsons de la forêt de Fontainebleau " M. Pierre lui destinait le rôle de vendredi!

Fontainebleau

bois-le-roi