Dans la partie retenue en vue de l'exploitation économique, ce qui détermine le changement de méthode, c'est la préoccupation de la régénération de la forêt, et la médiocrité des résultats obtenus par les plantations. L'idéal, c'est de demander à la nature elle-même d'assurer la perpétuité de la forêt. La méthode consiste à provoquer sur de larges surfaces la production de semis naturels, par une suite de coupes dites de régénération, pratiquées dans les vieux massifs.

Les jeunes peuplements ainsi obtenus sont progressivement desserrés par des éclaircies et conduits jusqu'à un âge déterminé, 120 ou 150 ans. A ce moment, ils sont régénérés à leur tour d'après les mêmes principes.

Avec cette méthode, on obtient des peuplements très denses, très réguliers, formés d'arbres à fût droit

et élancé dont le couvert fait disparaître peu à peu toute la végétation buissonnante et les essences secondaires de faible longévité. Ce traitement qui produit d'incomparables futaies est parfaitement approprié aux massifs dans lesquels on poursuit exclusivement des fins économiques. On ne saurait faire grief à l'Administration Forestière de l'avoir pratiqué à Fontainebleau puisque l'aménagement de 1861 avait, encore une fois, le caractère d'un compromis qui devait être loyalement appliqué par les deux parties.
Mais la vérité est que les artistes ne se sont pas contentés de la part qui leur était faite : à leurs yeux, l'intérêt artistique déborde la réserve qui lui est spécialement affectée et imprime ses exigences plus ou moins formelles à l'ensemble de la forêt. Si l'on admet ce point de vue, et le Service Forestier l'a admis avec certains tempéraments depuis fort longtemps, il faut bien reconnaître que la méthode du réensemencement naturel

et des éclaircies n'est pas à sa place dans la forêt de Fontainebleau, parce qu'elle tend à détruire l'irrégularité des ensembles et la fantaisie des formes individuelles qui font le charme principal des paysages.

Les réclamations des artistes contre la méthode du réensemencement naturel sont donc justifiées. Seulement elles n'ont plus aujourd'hui qu'un caractère rétroactif et théorique, car il y a beau temps que la méthode a cessé d'être appliquée. L'aménagement de 1861 a tout juste vécu dix-huit ans et n'a pas eu le temps de produire les inconvénients contre lesquels on s'élève. Le verglas légendaire de 1879 et les terribles gelées de l'hiver de 1879 - 1880 se sont chargés de l'anéantir.