« Naturellement, lui dis-je, vous vous croyez obligé de suivre la tradition des rois. Tiens, au fait, je n'y avais pas pensé; mais aujourd'hui ces divertissements sont les plaisirs des rois de la Banque et de l'Industrie!
Cette apparition inattendue, puis la venue des piqueurs avec leurs cors de chasse autour de la poitrine, des meutes de chiens à queue recourbée en l'air, des élégants cavaliers, des amazones à tricornes Louis XV, me rappelèrent les chasses impériales que j'avais regardé passer lorsque j'étais enfant.
Il me vint alors à l'esprit qu'il y avait sans doute une relation entre les anciennes chasses royales et les nombreuses routes de la forêt - et aussi peut-être avec la conservation de ces quelques superbes futaies de Fontainebleau ou de Compiègne, telles qu'on n’en voit nulle part ailleurs d'aussi belles ni d'aussi âgées. Et, en effet, j'ai constaté que cette relation existe ; c'est bien aux chasses que l'on doit les décrets qui ont interdit les coupes réglées dans les futaies :

c'est bien aux chasses qu'est dû le nombre prodigieux de routes qui coupent la forêt en tous sens, et cette multiplication inusitée de chemins est aussi en rapport avec le boisement progressif de la forêt de Fontainebleau.

Les rois mérovingiens étaient déjà de grands chasseurs, mais c'est seulement à partir du XIIe siècle que la chasse à courre est devenue une science, comportant ses lois, réglées par les Grands-Veneurs, et qu'une stratégie compliquée a été créée contre les ruses défensives des cerfs, chevreuils ou autres fauves des forêts. C'est alors que prirent naissance tous ces termes techniques, ce langage spécial de chasse qui se retrouve intact dans Les Fâcheux de Molière ou même, de nos jours, dans les colonnes du journal l'Abeille de Fontainebleau, rendant compte, en ce parler incompréhensible pour les profanes, des dernières grandes chasses de la forêt ;

et le compte rendu a la fois technique et pittoresque de ces randonnées est signé par un piqueur qui porte le pseudonyme de Hourvari (Terme de chasse qui indique que l'animal revient sur ses as par le même chemin).
Les chasses à courre royales, agrémentées de chasses à l'épervier ou au faucon, et, après les croisades, les chasses au léopard on plutôt au guépard, adjonctions qui disparurent ensuite, furent toujours en grand honneur jusqu'à la Révolution ; on sait que, d'après les feuilles du carnet où il notait ses impressions, c'était encore le principal souci de Louis XVI, même à la veille de la fuite vers Varennes.
Toutefois, l'on pourrait faire remarquer que sous François 1er, sous Henri IV, jusqu'au milieu du règne de Louis XIV, il n'y avait encore que très peu de routes dans la forêt de Fontainebleau ; beaucoup moins que dans les forêts de Compiègne et de Rambouillet par exemple, aux mêmes époques. Cela est parfaitement exact,