ASSEMBLEE GENERALE
Qui s’est tenue le 4 juin 2005
RESOLUTIONS
PREMIERE RESOLUTION : Approbation des rapports et comptes sociaux
L’Assemblée Générale, après avoir entendu le rapport d’activités et le rapport du trésorier, approuve les comptes tels qu’ils lui sont présentés et donne quitus au Conseil de sa gestion pour l’exercice 2004.
DEUXIEME RESOLUTION : Renouvellement de mandats d’administrateurs
L’Assemblée Générale ratifie le renouvellement des mandats d ‘Administrateurs proposés par le Conseil d’Administration de Jean-Claude BEAUREGARD, François BEAUX, Fabrice CHEVALIER, Grégoire LEWANDOWSKI, Pierre REGNAULT et Jean SAINT LOUBERT-BIE jusqu’à l’issue de l’Assemblée générale qui statuera sur les comptes de l’exercice 2008.
Depuis l’Assemblée Générale du 26 juin 2004, notre Conseil a subi quelques changements
Monsieur René Breton, pour convenances personnelles, n’a pas sollicité le renouvellement de son mandat.
Et nous avons coopté Monsieur Alain TOUTANT, qui le remplacera pour représenter l’Association dans différents conseils se rapportant à la chasse.
Je vous invite donc à voter les deux résolutions suivantes:
TROISIEME RESOLUTION : Non renouvellement du mandat de Monsieur René BRETON
L’Assemblée rend un hommage particulier à Monsieur René BRETON en le remerciant pour tout ce qu’il a accompli pour l’Association, notamment en tant que son représentant au Comité de la Chasse et de la Faune sauvage.
QUATRIEME RESOLUTION : Ratification de la cooptation d’un administrateur
L’Assemblée Générale ratifie la cooptation, par le Conseil d’administration du 5 mars 2005, de Monsieur Alain TOUTANT, en qualité de nouvel Administrateur, jusqu’à l’issue de l’Assemblée générale qui statuera sur les comptes de l’exercice 2008.
Avant de passer à la deuxième partie de notre réunion, je voudrais faire le point sur différents sujets d’actualités et rappeler quelques actions spécifiques entreprises cette année.
Vous ne serez pas surpris, si j’aborde, encore une fois, et pour la sixième année consécutive cette lancinante affaire de la circulation apaisée en forêt . Je vous rappelle, en quelques mots, le fondement du problème très bien posé pour l’essentiel lors de nos Assemblés précédentes par les différents Préfets et par le Directeur des routes il y a déjà cinq ans : Comment diminuer les vitesses et limiter le trafic de transit, en particulier des poids lourds, pour accroître la sécurité routière, et permettre au promeneur la traversée des routes par des franchissements sécurisés ? Comment assurer une meilleure insertion environnementale du réseau routier qui fragmente la forêt ?
La DDE de Seine-et-Marne s’est employée depuis des années à trouver des solutions et a cherché à les mettre en œuvre mais avec une lenteur déprimante. Oh ! Elle a quelques excuses car sachez qu’avant même d’envisager les moindre travaux en forêt, la DDE s’est trouvé dans l’obligation de réaliser de multiples études, je peux vous en citer quelques unes : Relation avec le milieu naturel, étude histoire et paysage, étude sur le comportement, étude socio-économique en voilà déjà quatre de caractère général nécessaire avant d’aborder les études particulières sur les aménagements routiers eux-mêmes et j’oubliais les études effectuées pour définir les cahiers des charges qui permettent de lancer les appels d’offres pour choisir les bureaux d’études. Néanmoins nous progressons :
des réalisations commencent à être visibles et je vais demander à M. Lashermes de bien vouloir faire le point des travaux effectués sur les RN qui comme vous le savez sans doute deviendrons départementales au 1 janvier et dépendront donc du Conseil Général.
Monsieur Lashermes, représentant de la Direction de l’Equipement :
Merci Monsieur le Président. Cela fait moi aussi un certain nombre d’années que je viens à votre assemblée générale, toujours avec beaucoup de plaisir, même si ce n’est pas toujours facile pour moi, parce qu’effectivement, nos objectifs commun, je pense qu’on peut le dire, n’avancent pas très vite. Monsieur le Président a évoqué un certain nombre de raisons mais la Forêt de Fontainebleau est un site important donc il me parait normal que toutes les précautions soient prises. Nos collègues du Conseil Général ont aussi les mêmes contraintes et les projets avancent. On voit le début d’un certain nombre de réalisations.
Les deux premières portent sur l’aménagement de linéaire des voies : entre la Croix d’Augas et l’hippodrome de la Solle et entre la Table du Roi et la Rochette, à l’entrée de Melun. Nous avons supprimé la troisième voie afin d’empêcher les dépassements. Ces aménagements sont réalisés à titre expérimental car le trafic est important, particulièrement entre la Table du Roi et La Rochette. Si vous passez actuellement sur ces routes, vous verrez un certain nombre de câbles en travers des routes afin de mener des relevés de trafic et de vitesse sur l’ensemble du secteur pour voir l’impact qu’ont ces aménagements.
L’aménagement le plus spectaculaire qui a démarré et qui est bientôt fini, c’est le Carrefour du Grand Veneur, en remplaçant un carrefour très routier avec des feux de signalisation par quelque chose qu'on a essayé de faire un peu plus dans l’esprit du lieu. Cet aménagement arrive à sa fin ; nous allons avoir la semaine prochaine une circulation difficile car les travaux vont concerner directement la chaussée mais d’ici quinze jours les travaux principaux seront terminés ; il ne manquera plus que les travaux de plantations qui auront lieu dans quelques mois.
Parmi les travaux qui n’ont pas encore commencé mais dont nous espérons le démarrage cette année, je citerai le Carrefour de Séaille, à l’entrée de la forêt du côté de Barbizon ; nous avons encore quelques procédures administratives en cours et après le démarrage des travaux espéré pour cette année, environ quatre ou cinq mois d’aménagement.
Pour la suite des aménagements en forêt, je rappellerai le contexte qui est le notre aujourd’hui : c’est que l’ensemble de ces routes nationales en forêt vont devenir des routes départementales à la fin de l’année, donc dans un cadre qui n’est pas encore précis. C’est pour cela que déjà depuis quelques mois, on travaille de façon très étroite avec le Conseil Général et nous nous sommes mis d’accord pour que tout ce que nous faisons aujourd’hui en terme d’études puisse être repris par le Conseil Général et que l’avancée de ce dossier puisse se continuer.
Les projets sur lesquels nous travaillons aujourd’hui, je vais les citer rapidement : le premier d’entre eux concerne l’aménagement d’une traversée piétonne au niveau du Carrefour de Paris. C’est un dossier que nous comptons présenter à la Commission des Sites à la rentrée, pour une réalisation, s’il n’y a pas de changements sur cet ouvrage, dès le début de l’an prochain. Nous avons des projets d’aménagement sur la N 7 entre Barbizon et le Grand Veneur, en particulier avec l’aménagement de l’accès au Carrefour de l’Epine, et entre la Table du Roi et Fontainebleau et la Bonne Dame. Ce sont des réalisations pour lesquelles on pense pourvoir réaliser assez rapidement, aussi rapidement pour la DDE que pour le Conseil Général, c’est-à-dire, à partir de l’an prochain. Et nous avons aussi un dernier aménagement de sécurité, au Carrefour de Saint-Hérem, sur la N 7 au sud de Fontainebleau, au croisement avec la Route Ronde. Là aussi, nous avons un projet qui est relativement précis et qui est bien avancé, mais qui nous pose un certain nombre de questions auxquelles il faut que nous répondions : quel impact peut avoir l’aménagement de ce carrefour sur le trafic de la Route Ronde ? Est-ce qu’il ne va pas créer un mouvement de rocade sur la Route Ronde ? Il faut que nous répondions à ces questions avant de faire les travaux. Là dessus, nous nous sommes mis d’accord avec le Conseil Général qui réfléchit pour y répondre.
Voilà, je pense avoir fait le point sur les aménagements en cours et des projets à court terme en forêt.
Le Président :
Je vous remercie beaucoup, Monsieur Lashermes, pour toutes ces précisions. Je vous rappelle que, l’année dernière, Monsieur le Préfet Barthélémy avait indiqué qu’il voulait créer une commission sur la circulation apaisée, présidée par le sous-Préfet, Monsieur CHOPIN. Cette commission a bien été créée, a commencé à fonctionner, s’est déjà réunie deux fois, avec un certain nombre de propositions qui rejoignent ce que vient de nous dire M. Lashermes. L’Administration attache de plus en plus d’importance à ces problèmes de routes et de sécurité dans la forêt ; néanmoins un de nos soucis, celui des poids lourds, et en particulier des poids lourds de transit qui représentent 30% du trafic, ne trouve toujours pas de solution car chacun sait que pour les dévier, il faut les envoyer sur des autoroutes. Hors sur les autoroutes existantes il y a l’éternel problème des péages et personne ne veut assumer le coût que représenterait leur déplacement ; au-delà, comme a été abandonné il y déjà dix ans le projet du C5, on attend, maintenant, la déviation de Melun qui permettrait de mieux orienter les camions vers les autoroutes.
Ce problème des poids lourds est une de nos principales préoccupations, il est particulièrement critique sur la Route Ronde entre la Table du Roi et le Carrefour du Grand Veneur ; le temps est sans doute venu d’y limiter enfin les vitesses.
Monsieur Lashernes :
C’est vrai qu’on a un certain nombre de trafic de transit de poids lourds. 30% du trafic des poids lourds est un trafic de transit. C’est vrai qu’on est un peu démunis aujourd’hui pour leur faire des propositions afin de passer ailleurs. On n’a pas d’itinéraire naturel à leur proposer. Il y a la question des péages que vous avez évoqué Monsieur le Président. Premier point : les aménagements que nous mettons en oeuvre aujourd’hui sont plutôt de nature à les décourager. Deuxième point : c’est vrai que la solution la plus efficace par rapport au Massif de Fontainebleau serait certainement de les récupérer au nord de Melun et de les ramener sur l’autoroute A6 par une voix de contournement. C’est le projet C5, qui est un projet autoroutier, c’est une des composantes des réflexions qui sont menées sur l’agglomération de Melun, en matière de déplacement, sous une autre forme aujourd’hui. Ce dossier qui s’appelle « Le dossier de voirie d’agglomération de Melun » est en phase de recherche de maîtrise d’ouvrages par rapport aux différents projets qui ont été proposés dans ce dossier. Nous espérons à la DDE que d’ici quelque mois on pourra lancer une concertation générale sur ce dossier dans lequel on retrouvera le principe de voie de contournement de la Forêt de Fontainebleau. Je peux vous dire que cette concertation sera aussi l’occasion pour votre association, Monsieur le Président, d’émettre ses avis sur ce dossier.
Le Président :
Je vous remercie Monsieur Lashernes. Y a t il quelqu’un dans la salle qui souhaite intervenir sur ce sujet ?
Jean-François Robinet :
Actuellement nous travaillons sur la réalisation du schéma directeur d’Ile-de-France, le SDRIF, et on a retenu non pas C5 mais disons C5bis. Vous connaissez les problèmes du C5, les élus de ce secteur les avaient reportés sur la Forêt de Fontainebleu et inventé une belle route qui arrivait Table du Roi, passant en pleine forêt, quelque chose de complètement impossible avec la forêt de protection et on ne voit pas le Conseil d’Etat accepté un tel projet. Donc on est en train de revoir et d’inscrire au SDRIF la déviation nord de Melun et sa connexion au deux autoroutes. La question des péages gratuits parait totalement impossible pour des raisons financières ; il faudrait racheter les péages à ceux qui le gèrent, or c’est très cher. Peut-être, en revanche, pourrait-on envisager, sur une certaine distance de faire payer moins cher les camions afin de les obliger, à utiliser ces autoroutes (cela à bien été fait sur la déviation de Nemours). Il y a encore beaucoup de projets en plus de ceux présentés par Monsieur Lashermes, qui avaient été étudiés au moment où Monsieur Didier Julia, moi-même et la Région avions fait voter au Contrat de Plan une somme importante (170 millions de francs à l’époque), cela doit faire six ou sept ans maintenant. Et aujourd’hui, il n’y a que 21 millions qui ont été utilisés. C’est vrai, on la dit tout à l’heure, dans la Forêt de Fontainebleau, il ne faut pas faire n’importe quoi, mais ces études ont quand même été très longues. Je ne jette pas la pierre à la DDE , qui travaille avec le Conseil Général, car la plupart des routes vont être gérées par le département dans le cadre de la décentralisation, et là je pense que les choses iront plus vite. Non pas qu’on ne travaille pas assez vite à la DDE , mais c’est une machine lourde et à partir du moment où ce sont les élus du secteur qui gèrent les dossiers, ils ont à coeur de vite satisfaire leurs électeurs. Donc, je pense que ces projets qui sont dans les cartons vont voir le jour plus vite.
Pour la D 138, les choses avancent. Actuellement les enquêtes publiques sont terminées et il manque la prise en compte de l’arrêté de protection de la forêt et qui est en ce moment en Conseil d’Etat. Vous pourrez avoir plus de détails sur l’aménagement de la départementale à la Croix de Vitry et à la Table du Roi et sur un réaménagement du Carrefour de l’avenue de la Forêt, à Bois-le-Roi, pour lesquels il y a eu un certains nombres de litiges ces dernières années, et l’aménagement d’une piste cyclable qui malheureusement s’arrêtera à Bois-le-Roi. La Croix de Toulouse va être réaménagée en accord avec le Conseil Général et l’ONF pour être plus conviviale qu’elle ne l’est est pour l’instant et pour faciliter les traversées cyclistes et piétonnes.
Voilà ce que peux vous dire. M. Philippe Moussière, qui est à la Direction des affaires routières du Conseil Général, veut peut-être rajouter quelque chose...
Philippe Moussière :
Simplement, en termes de travaux, les études sont effectivement en cours. On peut imaginer que les premières réalisations concrètes sur le terrain liées aux travaux préparatoires d’aménagements à des fins de sécurité routière pourront démarrer en 2006.
Le Président :
Je voudrais maintenant continuer à vous présenter les actions auxquelles l’Association a participé depuis le début de l’année.
1 Tout d’abord, à l’initiative de Monsieur Jean Dey et du Conseil général de Seine-et-marne, a été mise en place l’Association de la réserve de Biosphère du pays de Fontainebleau et du Gâtinais français. Déjà depuis 1998, la Forêt de Fontainebleau avait été intégrée dans le réseau des réserves de Biosphère. .Rappelons que le label « réserve de biosphère » est octroyé par l’UNESCO à des sites remarquables et privilégiés dans le but de faire coexister développement durable et activités humaines. Cela ne fonctionnait pas à Fontainebleau parce qu’il n’y avait pas eu d’association créée. C’est maintenant chose faite depuis le 29 mars 2005. Notre Association en est membre et fait partie du bureau.
2 Un mot sur l’accueil du public On vous a présenté l’an dernier le projet dit Interreg ou « gestion durable de l’accueil du public » Les études sont très avancées et portent sur sept zones. Elles ont fait l’objet de plusieurs réunions depuis le début de l’année ; les premières conclusions sont en cours de rédaction. On attend des propositions concrètes sur les accès et le stationnement, les équipements, la pérennité des allées et des sentiers existant et leur utilisations harmonieuses entre les différents usagers : piétons,vélos et cavaliers, nous aurons l’occasion d’en reparler.
3 Vous savez certainement que notre Association a été fondé le 6 décembre 1907. Elle sera donc centenaire dans un peu plus de 2 ans. Nous voulons fêter ce Centenaire avec vous tous en 2007 ou 2008 et le faire en étroite concertation, s’ils le veulent bien, avec nos partenaires habituels, Ville de Fontainebleau et communes forestières, ONF, Conseil Général. Nous sommes pour l'instant à une étape préliminaire d'inventaire des manifestations possibles avec un temps fort qui pourrait être une « Fête de la Forêt » au coeur du massif. Donnez nous vos idées pour ces manifestations pour largement y participer ensuite.
4 Comme chaque année, Gérard Vallée a réalisé des Expositions où il accueille les élèves de différentes écoles de la région.
- Du 21 au 26 mai s’est tenue dans la salle des élections de Fontainebleau l’exposition « Bonnes nouvelles de la forêt » Elle réunissait autour des Amis de la Forêt des représentants du Centre Nationale du bois, du Syndicat de la forêt privée française, de l’ONF et de PEFC (initiales du système de certification) pour présenter le progrès qu’apporte le label « certification forestière ». Il implique en effet que tout au long de la chaîne de transformation du bois, depuis l’exploitation forestière, des méthodes de gestion durables et respectueuses de l’environnement ont été appliquées. Notre Association fait partie de PEFC Ile-de-France.
L’ONF a adhéré à cette certification PEFC, en particulier pour les forêts domaniales du massif de Fontainebleau.
- Les 15 et 16 mai dernier, à Richmond (Angleterre), dans le cadre des manifestations marquant l’anniversaire du jumelage des villes de Fontainebleau et de Richmond et de Constances, notre Association a présenté, comme à Constance en 2004, une exposition sur les richesses de la forêt, de la ville, du château et des environs. A cette occasion, il a rassemblé des CD-rom des AFF sur deux 2 CD-rom (version en trois langues : français, anglais, allemand) à l’attention des groupes scolaires anglais.
- Des prêts d’expositions AFF (« Papillons », « La grand faune »...) sont organisés au profit de différentes communes de la région, cette année au Mée-sur-Seine, à Vulaines-sur-Seine, au Chatelet-en-Brie et à Souppes-sur-Loing.
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5 Je dois ajouter que nous avons obtenu par Gérard Vallée le droit d’édition pour des enveloppes « prêtes à poster » où figurent des photos de la forêt de Fontainebleau réalisées par des membres de l’association. Ces enveloppes sont en vente dès à présent dans le bureau de poste principal à côté de la gare d’Avon.
JE VOUS PROPOSE de remettre à tout à l’heure les questions purement forestières après avoir entendu notre Invité d’honneur M. BERNARD REY INGENIEUR GENERAL du GREF Chacun sait M que vous êtes un très brillant ingénieur qui a des responsabilité importantes dans des organismes de développement de la filière bois et aviez encore récemment la lourde charge de Directeur technique de l’ONF. Cependant tout le monde ne sait peut-être pas que vous vous intéressez à de nombreux sujets sans rapport avec la sylviculture, et que vous êtes en particulier un fin connaisseur en peinture. Le Primatice ou les peintres de Barbizon n’ont aucun secret pour vous. Mais là n’est pas notre sujet d’aujourd’hui. Depuis son origine, bientôt 100 ans, notre Association exprime clairement dans son statut son but principal : "contribuer à assurer la conservation et la protection du massif forestier de Fontainebleau". C’est dire si nous sommes attentif à votre intervention sur "une protection active de la forêt" alors même que le public est de plus en plus nombreux à la fréquenter
INTERVENTION DE BERNARD REY
Ingénieur Général du GREF
Monsieur Le Président,
Monsieur Le Député,
Monsieur Le Maire,
Monsieur le Conseiller Général,
Mesdames et Messieurs les Directeurs,
Chers Amis de Fontainebleau.
C’est avec un grand plaisir que je suis là aujourd’hui parmi vous : en effet depuis de nombreuses années j’ai eu l’occasion de collaborer avec plusieurs membres votre Bureau, de manière active et fructueuse. C’est pourquoi, quand Jean Saint Loubert-Bié m’a proposé de participer à votre assemblée générale et y être votre invité, il est évident que cela m’a fait beaucoup plaisir. Ce qui m’a fait moins plaisir, c’est quand il m’a dit « On souhaite vous inviter étant entendu que l’on vous donnera la parole » Il me fallait trouver un sujet. Je me suis dit : « évitons la polémique et les sujets qui fâchent ». Pourquoi ne pas parler de la protection de quelques espèces fétiches que l’on trouve dans l’est de la France, une espèce que j’aime particulièrement que j’appelle le « crapaud à couilles jaunes » autrement appelé « sonneur à ventre jaune ». Il est Lorrain et donc loin de Fontainebleau. Je me suis ravisé: cela ne convenait pas ; en effet cette année on fête la Place Stanislas en hommage à Stanislas Leszczynski. Comme vous le savez c’est grâce à sa fille que la Lorraine est devenue française. Alors je me suis dit finalement que ce sont les Bellifontains qui ont gagné puisque la Lorraine est devenue française et que Fontainebleau, c’est quand même le pays des Rois de France. Donc, pas de chance, je ne vous parlerai pas de ce sujet trop polémique.
Finalement, j’ai choisi de vous narrer en quelques vers le conte de Belle Fontaine :
Belle Fontaine
Déesse, tu es bien étiolée.
Qui, avec ses gros sabots arrivant
De farine la belle recouvrant
Car il s’agit de les compter
« De lumière vous avez manqué »,
Dit-il à la belle anémiée,
« Le milieu nous allons restaurer,
Ainsi vos fleurs pourront arriver,
Une opération sylvicole programmée
Et après une récolte quelque part réalisée
Passée une ou deux années
Vénus en son sabot avait vigueur retrouvé.
Je vous raconte cela comme un vieux souvenir professionnel. La forêt de la combe de Belle Fontaine existe. C’est une forêt située en Côte d’Or, la Forêt domaniale de Moloy qui est un des hauts lieux du sabot de Vénus que vous connaissez tous. Il est vrai qu’à une certaine époque, à la suite de circonstances naturelles, la reconquête d’un espace ouvert par la forêt, le milieu s’était refermé, menaçant les quelques pieds de sabots de Vénus qui ne pouvaient plus fleurir.
Je voudrais donc faire d’abord un petit rappel historique sur la notion de protection en vous rappelant je suis actuellement dans une position non hiérarchique : il est bien évident dans ces conditions que les propos que je vais tenir n’engage en aucun cas les agents opérationnels de l’ONF ; je ne voudrais pas, que d’une façon ou d’une autre, mes propos puissent être interprétés comme impliquant les gestionnaires locaux. C’’est avec l’indépendance propre aux Inspections Générales que je parlerai aujourd’hui.
PETIT RAPPEL HISTORIQUE
Les sociétés traditionnelles étaient plutôt « protectionnistes ».
Soyez tranquille, je ne vais pas remonter au déluge, encore que l’Arche de Noé était en bois et que c’était peut-être la première structure de protection multifonctionnelle, puisqu’à l’intérieur il était censé sauver les espèces. Mais, sans aller jusque là, il est vrai que les sociétés paysannes assumaient une fonction de protection au sens large, toutes les fois que leur organisation sociale leur en laissait l’occasion ou la responsabilité. C’est notamment le cas des sociétés traditionnelles forestières de la ceinture intertropicale.
Il en a été ainsi lors des grands déboisements médiévaux puisque que nous avions besoin, et nous avons toujours besoin, d’espaces. J’ai cru comprendre tout à l’heure qu’il était devenu bien difficile de faire passer les routes quelque part. On ne peut que se féliciter, à cet égard, d’avoir mis la forêt de Fontainebleau en forêt de protection. Mais, même à cette époque, les sociétés traditionnelles du Moyen Age faisaient de grands déboisements. Je rappellerai simplement que les sociétés préservaient au moins deux choses : les ressources en eau et toujours une partie de l’espace qui restait boisé : en effet la forêt était une source essentielle de matières premières de construction, de fabrication, de chauffage et de cuisson des aliments. Mais ces sociétés traditionnelles s’efforçaient de conserver une partie de cette ressource, d’autant plus nécessaire que l’on était dans des climats plus rudes. Il est vrai que les protections étaient mieux assurées par les sociétés montagnardes qui savaient qu’elles avaient des handicaps naturels plus forts ou par les sociétés sub-sahariennes, par exemple, qui ont toujours su géré l’eau à la goutte près… Ainsi on peut dire que la société traditionnelle est plutôt « protectionniste ».
Malheureusement, sa gestion, n’étant pas toujours maîtrisée, a parfois tourné à une situation mal contrôlée et pour finir catastrophique .
Il est sûr que les besoins de développement, notamment quand se créaient des marchés émergeants, amenaient un besoin de terres et que ce besoin de terres a pu parfois mener à une gestion catastrophique des sols. Il en est ainsi, dans la période récente, des grandes cultures industrielles comme le cacao, la banane ou le coton. Pour le cacao, c’est la forêt intertropicale qui était sacrifiée ; pour la banane, c’est les sols en Martinique qui se sont très dégradés et pour le coton, c’est l’exemple de la Mer d’Aral qui est train petit à petit de disparaître. Ainsi, dans certains cas, cette gestion a tourné plus à la catastrophe et à des situations devenues incontrôlées. L’exemple le plus frappant est l’amplification actuelle de l’effet de serre à laquelle nos activités ne sont pas étrangères. Cependant il ne faut pas « accabler » l’effet de serre puisqu’il permet la vie. N’oublions pas que sans l’effet de serre, la température moyenne de la surface de notre planète serait de 30° inférieure. Ainsi l’effet de serre a quand même des aspects positifs. Le problème se pose quand il s’amplifie de manière exponentielle, comme c’est le cas aujourd’hui. Dans ce cas, il y a quelques soucis à se faire. Dans certains cas, les situations difficiles ont conduit à des catastrophes irréversibles, comme la disparition de certaines espèces. En France une espèce, le Grand tétras, genre de dindon immangeable, a provoqué une polémique. On dépense beaucoup d’énergie pour essayer de trouver des solutions pour permettre à cette espèce de perdurer dans des milieux qui deviennent moins favorables que par le passé. Ainsi des espèces de ce genre ont complètement disparue par notre faute. Il y a également des milieux qui de notre fait on subit des dégradations extrêmement importantes, dont on peut craindre aujourd’hui qu’elles soient irréversibles.
Compte tenu de ces considérations, on serait tenté de conclure à l’inefficacité de la protection passive, implicite .
Au fond je me pose une question : Monsieur Jourdain se serait-il trompé ? Ou a-t-il été abusé ? Ou bien a-t-il abusé ? En tous les cas, devant cet échec provisoire, partiel, il fallait bien prendre des mesures. Devant l’ampleur des dégâts, des mesures parfois draconiennes ont été nécessaires, suivies de plus ou moins d’effets. Je vous donnerai l’exemple forestier parce que c’est celui que je connais le mieux.
DURA LEX, SED LEX
Les premières mesures organisées de protection de la forêt .
Elles ont été prises dans la très Haute Antiquité, quelque part entre le Tigre et l’Euphrate et ce sont à Artaxerxés que remontent les premières dispositions de protection des milieux forestiers. Revenons plus près de nos latitudes et voyons comment en matière de protection forestière, les premiers textes ont commencé à apparaître. C’est aux V-VIème siècles que l’on retrouve chez nous les premières traces de textes. C’est ce qu’on appelait la loi Gambète, dite loi des Burgondes. Elle est suivie peu de temps après par les premières Capitulaires de Charlemagne qui met en place un pouvoir législatif ; ainsi quelques premières règles sont instaurées. Je ne résisterai pas au plaisir de vous citer l’Ordonnance de Brunoy . En 1346, Philippe VI de Valois est le premier grand fondateur d’une série de textes qui feront en sorte que la forêt soit de plus en plus gérée et donc protégée. Et puisque l’on est à Fontainebleau, il convient d’évoquer un instant l’Ordonnance de mars 1515. François 1 er, après sa brillante victoire en Italie, édicte une ordonnance qui, traite de la forêt mais sous un angle qui lui était particulièrement cher, à savoir la chasse. Pour la première fois, on s’efforce de réglementer de manière structurée les problèmes de chasse, bien sûr au profit de la Couronne. Le bon roi Henri IV n’en est pas resté là et par l’Ordonnance de mai 1597, il remet en ordre l’organisation et la gestion de la forêt qui était alors déjà surexploitée par des coupes de taillis que l’on pourrait qualifier, en restant élégant, d’extrêmement vigoureuses, autrement dit, plutôt abusive. Je rappelle simplement que pendant très longtemps la gestion de la forêt consistait à récolter le bois, en des rotations très courtes, de l’ordre de dix ans ; il ne s’agissait pas de bois de belle qualité ; il avait notamment un pouvoir calorifique particulièrement réduit. Puis vient Colbert qui, par l’ordonnance royale de 1669 entreprend la grande réformation générale des forêts royales. Ce texte abondant et structuré de Colbert est le grand précurseur de notre Code Forestier.
La législation contemporaine
Le Code Forestier, promulgué le 31 juillet 1827, est à la base des textes que nous appliquons aujourd’hui en matière forestière. Ce texte était vraiment devenu une nécessité car depuis le Moyen Age, le déboisement comme l’exploitation forestière étaient devenus excessifs. Un chiffre est à cet égard significatif : en 1815, le taux de boisement de la France était tombé à 15%. Je rappellerai qu’aujourd’hui, il est presque du double puisque, selon les statistiques officielles, il est de l’ordre de 29%. Ceci est le résultat de l’action soutenue et continue de l’Administration forestière, s’appuyant sur la volonté de l’Etat et des autres parties, puisque la forêt de l’Etat ne représente que 8% de la forêt totale en France.
Certains diront que la restauration des milieux forestiers n’a pas toujours été faite avec le même souci et la même considération dans l’égalité de la multifonctionnalité ; mais c’est un autre sujet. Le Code forestier est donc notre outil de travail aujourd’hui, régulièrement remis à jour et amélioré. La dernière grande amélioration est récente – juillet 2001 – à l’occasion de la loi d’orientation forestière, la LOF. Des textes tout récents se sont ajoutés, notamment la loi de Développement des Territoires Ruraux qui nous apporte encore des améliorations dont nous avions besoin.
Après la gestion, il faut évoquer la protection. On doit les premières mesures visibles de protection à Aldo Léopold. Celui-ci était un Américain de la fin du XIXème siècle qui s’est beaucoup impliqué dans la définition et la mise en place du concept de « grand parc ». C’est le point de départ de cette forme d’utilisation de l’espace, étant entendu qu’elle s’est faite à l’échelle des Etats-Unis, où l’espace était abondant et peu utilisé. On ne peut évidemment pas transposer en France sans adaptation mais, néanmoins, au niveau national, l’Administration a pris un certain nombre de mesures impressionnantes. On dispose ainsi de toute une série de statuts divers et variés qui ont comme principale fonction de protéger.
Il existe ainsi des statuts à l’échelle des territoires voire de grands territoires. Tel est le cas des Parcs Nationaux, issus de la loi de juillet 1960. Il s’agit d’une procédure particulièrement lourde, qui engendre des contraintes fortes. Un certain nombre de questions sont posées sur la manière de rendre ces structures plus efficaces, sans perdre bien entendu l’objectif initial. Il s’agit là de contraintes maximales. Ont été créés également les Parcs Naturels Régionaux. C’est une entreprise collective car la mise en place d’un PNR, et l’élaboration de sa charte sont discutées entre les parties et non imposées par la loi.
Il existe également une batterie de dispositions à l’échelle des différents milieux. Les premiers textes en la matière remontent à la loi du 2 mai 1930 qui est la Loi sur les Sites Naturels inscrits ou classés ; ces dispositions s’appliquent toujours. Cette loi prévoit de simplement, sans connotation péjorative « figer » l’aspect d’un site. Tel est le cas des Réserves Naturelles. Il y a eu beaucoup de débats sur la notion de réserve. On a fini par admettre ce terme générique qu’on appelle la ‘Réserve Naturelle’. Elle permet une protection renforcée de terrains à forte spécificité écologique et dans lesquels les interventions et les actions sur les milieux sont fortement encadrées. Il y a également le statut, bien connu ici, qui est celui de Forêt de Protection, prévu par le Code forestier : on oublie le plus souvent que ce statut a été créé en 1922 pour conserver les sols et pour assurer la lutte contre l’érosion. Il a été ensuite enrichi par la loi du 10 juillet 1976, dont bénéficie aujourd’hui la Foret de Fontainebleau.
A une échelle plus réduite se trouvent les Réserves Biologiques. Il s’agit de dispositions propres aux forêts publiques inscrites au Code forestier et qui permettent de favoriser l’évolution des milieux par des actes de gestion appropriés. Je rajouterai deux statuts particuliers que sont les arrêtés de biotopes, qui favorisent la conservation, et les Habitats protégés en application des directives européennes.
A ces mesures s’ajoutent des protections à l’échelle des espèces. Il s’agit, non plus des statuts, mais d’inventaires, par exemple les Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique, Faunistiques et Floristiques, les ZNIEF. Enfin il faut croiser ces protections avec les catégories d’aires protégées de l’UICN ou encore avec les Réserves de Biosphère.
On dispose donc d’une large gamme de statuts
Les prises de conscience sociétales.
La valeur de la nature aujourd’hui fait l’objet d’une prise de conscience plus formalisée et plus exprimée ; elle est d’ailleurs, selon moi, plus une prise de conscience au niveau des symboles qu’une authentique mesure de ce que peuvent être les enjeux de la protection. On peut aller un peu plus loin dans la réflexion qui dépasse le sentiment qu’il n’y aurait de bonne mesure que celles placées sous le signe de la contrainte.
AUTRE RAPPEL SIMPLIFIE
Je voudrais faire un rapide retour sur une connaissance de base. Les professionnels des milieux agricoles et forestiers, que nous sommes, ont l’habitude de définir un milieu comme le résultat d’un équilibre entre trois grandes composantes que sont le climat, le sol et les plantes. Le climat a lui-même deux grandes composantes que nous ne maîtrisons pas : la pluviosité et la somme des températures sur l’année. Le sol est, lui, le résultat d’un processus de construction extrêmement lent et sur lequel les interventions peuvent être parfois dramatiques, parfois très positives. Enfin les plantes vivent ensemble à l’issue d’un processus d’adaptation, d’acceptation et de cohabitation. Pour nous, les être humains, ce milieu constitue une ressource complexe car elle n’est pas univoque. Il y a en effet d’autres intrants ; il s’agit notamment de tout le monde animal mais également les espèces végétales qui ne sont pas forcément privilégiées par nos préoccupations alimentaires et économiques. Cet ensemble pourrait contribuer à définir notre écosystème dans lequel existent un certain nombre d’intrants puis d’extrants. Un équilibre est ainsi crée. : La structure de base représenté par un écosystème n’est à un instant donné que le résultat d’un équilibre par définition instable. Il faut alors faire le choix de gérer ou non cette instabilité
ASSURER UNE FONCTION DE PROTECTION, s’est procéder de cette instabilité .
Il y a deux manières de protéger.
La protection intégrale.
Elle parait comme la plus évidente. Un espace est mis, en quelque sorte, sous cloche et puis on attend. A très court terme, ceci est évidemment efficace mais à moyen terme, on n’arrête pas les dynamiques qui sont liées à l’instabilité de tous les équilibres. La seule bonne formule, elle est là : il est important de comprendre que ceci peut permettre la découverte d’un certain nombre de mécanismes qui peuvent non seulement faire avancer la connaissance mais déboucher ultérieurement sur des protocoles. En revanche, sur le long terme la formule n’est pas pertinente et il convient de réfléchir à autre chose.
La protection gérée.
Il faut tout d’abord disposer d’une argumentation solide sur le niveau de connaissance que l’on a à un instant donné, par exemple sur une espèce, un milieu ou un écosystème ; s’il est menacé, il convient de s’interroger pourquoi et par quoi ? Est-il menacé par des facteurs ‘naturels’ qui vont rompre l’équilibre, comme la modification de l’économie de l’eau, de la structure du sol ou de la concurrence entre espèces ? Lorsque l’on a ces éléments de déséquilibre, est-ce qu’on peut et est ce qu’on veut y remédier ? Est-ce qu’en voulant y remédier, on ne créé pas des stress ? Je prendrai un exemple assez consensuel concernant les sols acides. Une des fonctions de l’acidification des sols a été le choix de productions forestières qu’on a fait, notamment dans les Vosges avec une certain nombre de forêt dont la structure est à base d’essences résineuses.
UN ACCORD UNANIME SUR LE CONCEPT DE PROTECTION
A côté des facteurs naturels, il y a des facteurs anthropiques, ce qui est une source de complication. Ces facteurs peuvent être regroupés en deux grandes catégories : le besoin d’espace ou un manque du fait de la multifonctionnalité des espaces qui n’exclut pas d’avoir un sens et une éthique profonde du développement.
A chacun sa vérité
On dit toujours que l’action que je mène est bonne. L’est-elle pour les autres ? Ceci ’est moins sûr. De plus, est-ce qu’elle m’influence pas les équilibres de façon significative ou irréversible. La multifonctionnalité c’est à la fois le verrou et la clef des débats sur la protection. L’un a besoin de l’autre. Je voudrais avancer une idée : n’est ce pas en général une certaine multifonctionnalité qui a permis les équilibres ? La lutte pour la vie est un facteur prépondérant de l’état d’équilibre dans lequel se trouve une instant donné un écosystème.
Toutes les fois que c’est possible, il faut que le dialogue s’installe et dure. Même si le contexte de protection de la nature relève par nature essentiellement du domaine rationnel et des progrès en connaissance évoqués précédemment, il tient aussi pour beaucoup à l’affectif. Ne faut-il pas chercher des points de convergence parce que dans la pratique, on aurait tendance à dire que chacun défend sa vérité ; mais à chacun sa vérité. La protection de la nature n’est pas, heureusement, une pièce de théâtre ; c’est d’abord un acte de gestion. Mais en aucun cas, la gestion ne doit éliminer l’acte de foi. Gérer, c’est prévoir, prévoir, c’est rejeter l’immobilisme. C’est mettre en œuvre des outils qui permettent d’atteindre des objectifs avec intelligence.
Notre objectif commun
Depuis que l’évolution a permis à certains acteurs de devenir bipèdes, de courir mieux que les autres - on a appris récemment que l’homme serait l’espèce la plus performante par son endurance -, que ce bipède a pu développer par ses activités certaines fonctionnalités, au point qu’à ce stade de l’évolution, nous nous sommes autoproclamés homo sapiens sapiens… Je ne vais pas aller plus loin. Notre objectif est assez simple : nous devons collectivement faire le maximum pour conserver un maximum de biodiversité, ce qui implique évidemment une réflexion partagée à la base sur les enjeux, ce qui implique une gestion, parce qu’on ne peut pas laisser les choses se faire seules, du moins pas toujours. Je crois qu’il faut qu’il y ait surtout beaucoup de bonne volonté de la part des acteurs.
Alors pour terminer, je voudrais vous jouer une petite scène à trois personnages : un protecteur de la nature, choisi parmi ceux qu’on appelle les ‘écolos’, l’administration et un forestier :
Je vous remercie.
Le Président :
Merci Bernard Rey. Vous nous avez proposé une protection intelligente. Chacun a une vision de la forêt et chacun croit que sa vision est la bonne. Mais vous nous apprenez en fait que la polémique est inutile et que chaque problème impose beaucoup de réflexion, de finesse, pour trouver un bon arbitrage et engendrer une bonne gestion pour conserver la biodiversité. J’invite l’assistance à des questions éventuelles.
Jean-Marie Virot, conseiller municipal d’Avon :
Dans votre exposé, vous n’avez pas cité le Président Sadi Carnot qui a eu un rôle historique important dans la protection de la forêt. En 1893, le Président Carnot avait prévu le retour de 14 ha de forêt à proximité du château, dans la perspective de Maintenon, un retour à la forêt quand l’armée abandonnerait ces terrains… Je rappelle que nous avons un laboratoire de Biologie végétale en charge de la biodiversité en bordure de la forêt.
Bernard Rey :
Je suis bien embêté pour répondre. Je pense que mon camarade de promotion n’est pas non plus en mesure de pouvoir vous répondre.
Le Président :
C’est un sujet qui revient régulièrement et qui est connu par les municipalités. Le Président Sadi Carnot avait fait passer un contrat entre le Ministère de l’Agriculture et celui de l’Armée. L’Agriculture cédait à l’Armée, selon un système de concession, plusieurs hectares, sans limitation de temps et ce n’est qu’à la fin de son occupation que l’Armée devait rendre ce terrain dans l’état dans lequel il était au début, c'est-à-dire avec des arbres. A partir de là le problème est posée, l’Armée doit partir mais on ne l’imagine pas détruisant les bâtiments existants pour replanter les arbres à la place.
Monsieur Taupin :
Je suis un promeneur habitué à la forêt et j’ai l’impression, qui vaut ce qu’elle vaut comme toute impression, qu’il y a beaucoup de grumes cette année. Alors, bien sûr, quand on se promène on a une perspective qui n’a aucun rapport avec les plans de coupes élaborés par l’ONF, j’en suis bien conscient, mais est-ce que j’ai raison ou bien est-ce une fausse impression ?
Bernard Rey :
Je voudrais très rapidement dire que le fait de couper des arbres est le premier acte de gestion des forêts. Alors c’est vrai que lorsqu’on se promène et que l’on passe d’un espace complètement fermé à un espace complètement ouvert, il y a le changement visuel. On peut se rassurer en se disant deux choses : la première c’est que lorsque nous engageons des opérations de grandes envergures, notre gestion est orientée vers le renouvellement naturelle des peuplements et que les coupes sont faites de façon très fines, très correctes envers le milieux naturel. La deuxième chose que l’on peut essayer de se dire, c’est qu’aujourd’hui la gestion, telle qu’elle est faite dans le renouvellement des peuplements à Fontainebleau, va dans le sens de travailler l’aspect visuel des choses
Le Président :
Je crois, qu’en ce moment dans la forêt, bien que l’ONF puisse certainement mieux que moi l’expliquer, un nombre assez considérable de grumes sont là en attente et qui donnent une impression, effectivement, de surabondance de coupes par rapport à ce qui se passe dans une année normale.
Daniel Derory :
En ce qui concerne les coupes comme nous l’avons évoqué il n’y a pas très longtemps au cours d’une réunion, il faut savoir que depuis la tempête, les techniques utilisées par les exploitants forestiers ont été sensiblement modifiées. Autrefois les exploitants pratiquaient leur coupe, sortaient leurs grumes de la forêt, globalement, en une seule fois, ou si c’étaient en plusieurs fois, par camions importants. Aujourd’hui, on s’aperçoit que les exploitants alignent les bois le long des routes et ensuite vendent ces bois par catégories ; on voit ensuite des camions qui arrivent et qui vont prendre telle qualité de bois. Ce qui fait qu’aujourd’hui, des milliers de m3 de bois qui autrefois étaient évacués assez rapidement de la forêt mettent aujourd’hui beaucoup plus de temps à en sortir, et ça participe, pour partie, à cette impression visuelle de chantiers permanents. Je peux même vous dire que dans d’autres forêts, on a le cas par exemple à Sénart, où du bois de chauffage est déposé sur place en dépôt, les exploitants font quasiment de l’épicerie sur ces places et vendent par petites quantités ces bois ce qui occasionnent un trafic important en forêt, forêt dans laquelle le trafic routier est interdit. Ca nous interpelle fortement et je pense que nous allons engager une concertation avec les exploitants forestiers pour voir comment on peut justement régulariser ces méthodes qui sont néfastes à l’aspect visuel de la forêt.
Le Président :
Je vous remercie. J’ai vu arriver Monsieur Walker que je salue. Monsieur Walker, Vice Président du Conseil Général et Président du Centre départemental du tourisme. J’ai aperçu également Monsieur Lefébure, Conservateur général du Patrimoine, merci de nous avoir aider à avoir cette salle pour notre Assemblée Générale. J’aperçois également Monsieur Chopin, sous-Préfet de Fontainebleau, que je salue.
Y a t il encore des questions sur la forêt ?
Question :
Par rapport à l’intervention de tout à l’heure, est-ce qu'un des moyens de lutter contre cet accroissement de CO2 ne serait pas de planter des forêts supplémentaires ? On doit savoir combien un hectare de forêt permet d’absorber de Co2.
Bernard Rey :
Je dirais qu’avant de planter où de replanter des forêts il serait déjà bien qu’on arrête d’en perdre. Certes la surface de forêt en France augmente de façon constante et régulière et nous avons maintenant un tiers du territoire qui est occupé par la forêt. Les gros problèmes ne sont pas chez nous, ils sont ailleurs.
Le deuxième niveau de réponse : la forêt évidemment absorbe du CO2 dans sa phase de constitution. A un moment ou un autre elle le restitue. Alors, en fait, notre enjeu collectif, qui fait l’objet d’ailleurs des préoccupations des interprofessionnels du bois, c’est de faire en sorte que quand le bois quitte la forêt il soit valorisé de la manière la plus durable possible pour stocker le carbone (quand on stocke du papier on stocke du carbone surtout si on le recycle)... Et même quand on l’utilise comme énergie on a évidement un bénéfice par rapport aux énergies fossiles... La Frances s’est lancée dans un vaste programme de développement des énergies où le bois est représenté.
Intervention d’un adhérent de l’association sur l’arboretum de Franchard
Madame Maurer :
Nous sommes en train de réfléchir là dessus justement, dans le cadre du programme européen évoqué tout à l’heure. Dans ce projet européen, on se concentre sur certaines zones particulières pour lesquelles on souhaite concilier accueil du public et conservation du milieu. La zone de Franchard, incluant l’arboretum en fait partie et donc on réfléchi, à la fois en terme de valorisation de l’arboretum et également de l’utilisation des sentiers et de leur érosion. Les conclusions des études n’étant pas encore arrêtées, je ne peux pas vous en dire plus.
Le Président :
Je peux vous dire que les Amis de la Forêt se penchent régulièrement sur la question de cet arboretum. Il y a quelques années, concrètement, on avait refait toute une série de petits panneaux devant chaque arbre et nous avons d’ailleurs un projet en commun avec l’ONF pour lui redonner l’allure qu’il a pu avoir ou qu’il devrait avoir.
J’ajouterais pour terminer que si nous n’avons pas trop parlé des RBI, cela ne veut pas dire que le sujet est abandonné – je regarde Monsieur Gamblin parce que depuis des années, il est à chaque fois obligé d’intervenir sur ce point – mais nous sommes actuellement en train de parler de façon très positive dans l’esprit dont vient justement de parler Monsieur Bernard Rey et je pense que nous allons finir par aboutir à une réflexion intelligente dans le cadre d’une protection active.
Monsieur Schwab, Président de l’Office de Tourisme de Fontainebleau :
Un petit mot pour dire qu’en partenariat avec l’ONF, l’Office du Tourisme a pour projet d’ouvrir le Centre d’Information de la Faisanderie durant les WE et les vacances scolaires. C’est un projet tout à fait complémentaire de celui de Franchard, destiné à l’accueil des visiteurs qui sera plus axé sur la pédagogie. Ce site ouvrira peut-être le 1 er juillet de cette année. Nous pensons qu’il participera à la diffusion de l’information concernant la bonne façon de pratiquer la forêt et également à ce fameux lien économique que nous cherchons toujours à favoriser entre la forêt et la Pays de Fontainebleau.
Monsieur Rey :
Juste pour prolonger les propos de cette matinée, je voulais simplement vous signaler que si certains veulent en savoir un petit peu plus sur les différentes actions que l’ONF mène en matière notamment de la protection de la forêt et de développement, nous avons sorti il y a quelques temps un de nos documents techniques qui s’appelle « Rendez-vous techniques » et dans lequel on vous livre tous les secrets en matière de protection dans le cadre de la gestion forestière. Il coûte 10 euros !!
Le Président :
Je lèvela séance et vous invite au vin d’honneur qui est servi au fond de la salle.